Peignage moléculaire d'ADN.
Cartographie physique du génome et diagnostic génétique
Xavier MICHALET et Aaron BENSIMON
Laboratoire de Biophysique de l'ADN
Département des Biotechnologies
Institut Pasteur
25, rue du Dr Roux
75724 Paris cedex 15
Article publié dans Médecine/Sciences
1997; 13: 1299-1305.
Résumé
Le peignage moléculaire permet la préparation reproductible
de surfaces couvertes d'une haute densité de molécules d'ADN
parallèles les unes aux autres et étirées avec un
taux constant et uniforme. L'utilisation de méthodes d'hybridation
fluorescentes classiques en fait un outil performant pour la cartographie
physique haute résolution de clones, permettant notamment de lever
toutes les ambiguïtés subsistant dans les cartes de restriction,
mais aussi de se dispenser de l'établissement de telles cartes.
Enfin, dans le domaine du diagnostic génétique, la détection
de micro-délétions de quelques dizaines de kilobases à
partir d'ADN génomique de patients illustre les potentialités
de la technique pour l'étude du génome humain.
L'étude du génome
Avec les progrès techniques de la biologie moléculaire, l'accroissement
du nombre de scientifiques impliqués dans la recherche génétique
académique ou industrielle, et depuis quelques années, les
investissements considérables du Projet Génome Humain, la
connaissance du rôle des gènes et de leurs éventuelles
mutations dans l'apparition et le développement de nombreuses maladies
a progressé de façon exponentielle [1].
Diverses stratégies de recherche et d'études des gènes
existent, et leur liste n'est sans doute pas close. Toutes ont pour but
commun l'obtention de la séquence d'une partie du génome
contenant le gène impliqué dans la pathologie étudiée.
L'une de ces stratégies est le "clonage positionnel", qui permet
d'aboutir en partant d'un ensemble de familles de patients, à la
localisation physique sur l'un des 22 chromosomes autosomaux ou des 2 chromosomes
sexuels d'un ou plusieurs vecteurs de clonage contenant le gène
(de type cosmide, par exemple). Cette localisation précise permet
ensuite de procéder au séquençage et à l'identification
du gène, à sa mutagénèse dirigée dans
des modèles animaux, à l'étude de son profil d'expression
en présence de différents traitements, ou dans un premier
temps, à l'élaboration de diagnostics génétiques.
Le clonage positionnel comprend quatre étapes successives [2]:
analyse de liaison génétique à l'aide de marqueurs
chromosomiques permettant de déterminer une région chromosomique
impliquée dans la pathologie, recherche de clones recouvrant la
région chromosomique en question, établissement d'une carte
physique des clones obtenus, séquençage systématique,
criblage d'ADNc candidats conduisant in fine à l'identification
d'un gène.
Malgré des progrès dans l'ensemble des techniques employées
pour le clonage positionnel, consistant aussi bien en développements
nouveaux (développement de cartes génétiques denses
[3], développement de banques de clones couvrant
le génome humain [4]), qu'en l'automatisation
ou l'informatisation de techniques classiques, la découverte d'un
gène représente encore une entreprise de longue haleine,
demandant des moyens humains et financiers très lourds. Les résultats
de ces efforts sont toutefois d'un intérêt considérable
pour la mise au point de thérapies ou de diagnostics. Dans le cas
de pathologies à détection tardive notamment (phénotype
à évolution lente), le diagnostic génétique
laisse envisager un traitement préventif plus efficace.
Parmi les techniques nouvelles d'étude du génome apparues
[5-8], permettant en principe d'accélérer
le clonage positionnel, ou au moins de lever certaines ambiguïtés,
le "peignage moléculaire" que nous avons développé
au laboratoire de Biophysique de l'ADN de l'Institut Pasteur, est une technique
de visualisation directe de la position de clones, susceptible de considérablement
améliorer la précision et de simplifier la cartographie physique.
Nous montrons ici son application à la cartographie directe haute
résolution et au diagnostic génétique de micro-délétions
grâce à l'utilisation de techniques d'hybridation fluorescente
classiques.
Le peignage moléculaire ou comment étirer l'ADN de façon
contrôlée
Le peignage moléculaire désigne un procédé
de fixation d'ADN purifié sur des surfaces, découvert en
1993 à l'Institut Pasteur et à l'Ecole Normale Supérieure
[9,10]. Il consiste à:
ancrer spécifiquement par leurs extrémités des
molécules d'ADN en solution, étirer ces molécules
à l'aide de la tension superficielle d'un ménisque en mouvement.
La figure 1 illustre la mise en œuvre la plus simple de ce principe.
Des molécules d'ADN débarrassées de toute protéine
par un traitement à la protéinase K sont mises en solution
dans une solution tamponnée de MES 50 mM pH 5.5, et déposées
sur une surface de verre traitée de façon à ne permettre
qu'une adsorption spécifique de l'ADN par ses extrémités
[9-11]. Pendant la durée d'incubation de quelques
minutes, les molécules d'ADN qui adoptent en solution une conformation
de globule (ou pelote statistique), animées d'un mouvement brownien,
entrent aléatoirement en contact avec la surface traitée,
et, éventuellement, finissent spontanément par s'ancrer par
l'une de leurs extrémités sur la surface.
La deuxième étape du procédé consiste à
retirer de façon contrôlée la solution dans laquelle
l'ADN est en solution, de façon à provoquer un déplacement
régulier du ménisque sur la surface. Lors du passage du ménisque,
c'est-à-dire de la ligne frontière entre la solution, l'air
et la surface, la partie non ancrée de la molécule qui se
présente sous la forme d'une pelote statistique (représentée
par des boucles sur la figure 1A et 1B) reste en solution et est donc entraînée
dans la direction de déplacement du ménisque. Comme la molécule
est ancrée par l'extrémité qui se trouve désormais
hors de la solution, il en résulte un débobinage de la pelote
statistique. La force exercée par le ménisque étant
supérieure à la résistance élastique de l'ADN,
la molécule est de surcroît étirée par rapport
à sa longueur non contrainte (ou longueur cristallographique). Enfin,
une fois le ménisque passé, on constate une fixation irréversible
de la molécule étirée sur la surface.
Figure 1. Principe du peignage moléculaire. (A) Dans cette
expérience schématisée, la solution d'ADN purifié
est simplement déposée sur une surface traitée, et
couverte par une surface de verre qui crée un mince film aqueux.
Certaines molécules viennent spontanément s'ancrer par leurs
extrêmités sur la surface traitée. (B) Par simple évaporation
de la solution par les bords, le volume de la solution diminue, et la frontière
air-eau se rétracte, entraînant avec elle les parties non
fixées des molécules d'ADN. (C) Après complète
disparition de la solution, les molécules d'ADN se retrouvent fixées
sur la surface, et étirées avec un taux uniforme. La distance
entre les deux surfaces (quelques microns) et la molécule d'ADN
schématisée ne sont évidemment pas représentées
à la même échelle.
La particularité de l'étirement ainsi réalisé
est son extrême régularité:
-
en direction: toutes les molécules étirées se retrouvent
parallèles les unes aux autres, du fait de l'unicité de la
direction de déplacement du ménisque (ce qui vaut son nom
de "peignage moléculaire" à la technique),
-
en taux d'extension: toutes les molécules sont étirées
de la même façon et sur toute leur longueur, l'origine de
la force d'extension étant la forme du ménisque, fixée
par la nature de la surface et de la solution tampon utilisées.
La figure 2 montre une surface de verre (traitée à l'aide
d'un dérivé de silane [9-11]), sur laquelle
a été peignée une solution d'ADN de phage lambda,
visualisé à l'aide de molécules fluorescentes s'intercalant
partiellement entre les bases de l'ADN (YOYO-1, Molecular Probes). L'ensemble
des molécules est orienté dans une direction unique, et leur
taille est constante, de l'ordre de 25 micromètres (µm). Connaissant
précisément la taille du génome du phage lambda, qui
est de 48.5 milliers de bases (kb), on en déduit une extension d'environ
2 kb/µm. Cette extension est en outre indépendante de la taille
et est parfaitement reproductible. Comparée à la taille cristallographique
de 16.2 µm, le procédé permet un étirement d'un
facteur 1.54.
Figure 2. ADN peigné observé par microscopie d'épifluorescence.
Une solution d'ADN purifié de phage ( (0.25 µg/ml) préalablement
incubée avec des molécules fluorescentes s'intercalant dans
l'ADN, a servi pour le peignage sur des surfaces traitées à
l'aide de dérivés du silane. Le champ de vue photographié
à l'aide d'une caméra intensifiée contient une
majorité de segments de 25 microns environ. Les fragments plus petits
sont dus à des cassures aléatoires qui ont lieu avant ou
lors de la préparation. La barre de mesure représente 10
microns.
Grâce à quelques perfectionnements, cette technique de
peignage moléculaire peut être maintenant utilisée
avec tous les types de génome, du plus petit au plus grand, comme
l'ADN génomique humain, qui représente environ 3 mètres
d'ADN peigné par cellule [12]. A partir d'un
échantillon de quelques µg d'ADN préservé dans
un bloc d'agarose à bas point de fusion, plusieurs centaines
de génomes peuvent être peignés sur une surface de
22x22 mm2 en quelques minutes et un nombre quasi illimité
de surfaces peut être préparé de façon
reproductible [12].
Hybridation fluorescente sur ADN peigné
Les perspectives d'utilisation de ce procédé dans le domaine
génétique sont nombreuses. En particulier, l'ADN peigné
étant irréversiblement fixé sur la surface de peignage,
il est possible d'utiliser les protocoles d'hybridation fluorescente in
situ (FISH) [13] pour détecter, mesurer et positionner
des sondes nucléotidiques particulières dans n'importe quel
génome [12].
Les techniques de FISH consistent d'une part dans le marquage d'ADN
sonde double brin par des nucléotides modifiés reconnaissables
par des systèmes d'anticorps fluorescents. Dans un second temps,
cet ADN sonde est dénaturé et hybridé avec l'ADN cible,
pour permettre une hybridation des sondes avec leurs séquences cibles.
La révélation de ces sondes par leurs systèmes spécifiques
d'anticorps fluorescents permet de repérer leur position.
A la différence des techniques classiques utilisant la FISH
(sur chromosomes métaphasiques, ADN interphasique, halo, etc) [14-16],
la mesure de la taille ou de la distance des signaux d'hybridation est
directement traduisible en une distance physique en kilobases, en utilisant
l'échelle de 2 kb/µm obtenue par des mesures exhaustives dans
le cas des surfaces silanisées utilisées au laboratoire (voir
Figure 3 et l'article de Monier et coll. dans ce numéro). En tenant
compte de ce que la résolution théorique d'un microscope
ne dépasse pas 0.2 à 0.25 microns, une précision des
mesures sur ADN peigné de l'ordre de 0.5 kb est en principe accessible.
En pratique, du fait de la variabilité de l'hybridation, il est
nécessaire de prendre des mesures sur un échantillon représentatif
de quelques dizaines de signaux d'hybridation. L'ensemble des mesures donne
une distribution statistique de tailles ou de distances, caractérisée
par un valeur modale (pic de la distribution) et une certaine dispersion,
qui donne la précision de la mesure, qui est en général
de quelques kb.

Figure 3. Exemple de FISH sur ADN peigné. L'ADN peigné
est constitué par le génome d'une souche de levure contenant
un chromosome artificiel (YAC 774G4) incluant 1.6 Mb de génome humain.
Ce YAC couvre une région du chromosome 15q15.2 dans laquelle a été
découvert le gène CANP3 responsable de la dystrophie musculaire
des ceintures de type 2A. L'hybridation simultanée de deux cosmides
révélés en deux couleurs différentes (1F11:
vert, 3A4: rouge) permet la mesure précise de leurs tailles et de
leur distance par analyse d'un échantillon statistique de quelques
dizaines de mesures. La barre de mesure représente 10 microns.
Cartographie physique du génome
L'application de ces techniques (peignage moléculaire et FISH) à
la cartographie physique est sans doute la plus évidente. En collaboration
avec Françoise Fougerousse, du groupe du Dr Jacques Beckmann au
Généthon, nous avons ainsi cherché à déterminer
l'orientation transcriptionnelle du gène de la calpaine 3 situé
sur le chromosome 15q15.2, dont des mutations sont responsables d'une dystrophie
musculaire des ceintures (LGMD 2A) [12,17,18].
Pour ce faire, des cosmides appartenant à deux contigs déjà
ordonnés à l'aide de marqueurs STS (Sequenced Tag Site) et
dont l'un contenait le gène, l'autre étant d'orientation
chromosomique connue, ont été hybridés deux par deux
sur l'ADN peigné d'une souche de levure contenant un insert d'ADN
génomique humain de 1.6 Mb (YAC 774G4) couvrant la région
du gène. La densité de peignage obtenue permet en effet de
ses dispenser d'isoler préalablement le chromosome artificiel à
étudier, qui ne représente pourtant que quelques pourcents
du génome total (12.6 Mb). L'ADN de levure est en quelque sorte
un ADN muet dans cette expérience où sont hybridées
des séquences spécifiques du génome humain.
Pour chaque paire de cosmides, l'un des cosmides était révélé
à l'aide d'un système d'anticorps couplé à
la FITC (fluorescence verte), l'autre étant couplé au Texas
Red™ (fluorescence rouge). La figure 3 montre un champ de vue caractéristique
d'une lame observée avec un microscope à épifluorescence
équipé d'un objectif x100 et d'une caméra CCD (Charge
Coupled Device) refroidie.
La mesure directe des tailles et distances sur quelques dizaines de
couple de cosmides pour chaque expérience permet la construction
immédiate d'une carte précise de la région, sans ambiguïté
sur l'orientation des cosmides, la taille des éventuels intervalles,
dès lors qu'un nombre suffisant d'hybridations est utilisé.
La carte résultante de la région étudiée (environ
200 kb) est représentée sur la figure 4.

Figure 4. Cartographie physique sur ADN peigné. (A) carte STS de
la région du gène CANP3 contenu dans les cosmides 1F11 et
1G3. La direction centromérique est à gauche, le télomère
à droite. Chaque graduation représente un STS. Les STSs sont
représentés équidistant par convention, leur distance
physique étant inconnue. Les cosmides utilisés dans notre
étude sont représentés en couleur, chaque couleur
correspondant à un contig dictinct. (B) Cartographie physique par
FISH sur ADN peigné avec une résolution de quelques kb. La
figure montre des hybridations typiques, avec le nom des cosmides utilisés.
(C) Carte schématisée de la région, à partir
des résultats de la FISH sur ADN peigné. Les deux contigs
sont donc retournés par rapport à leur positionnement hypothétique
dans la carte STS figurée en (A).
Il est intéressant de noter qu'aucun des deux contigs n'avait
l'orientation supposée dans les travaux précédents
(fondés sur des marqueurs STS), montrant de ce fait la puissance
de la méthode pour lever des ambiguïtés difficilement
résolvables par les méthodes de biologie moléculaire
standard.
L'ensemble des mesures obtenues avec une précision de quelques
kb, a par ailleurs permis de vérifier l'autonomie de cette nouvelle
technique de cartographie physique puisque ces résultats ont pu
être obtenus sans connaissance préalable des tailles des cosmides,
ni de leurs distances, c'est-à-dire sans contrôle interne.
Pour vérifier la cohérence de ces mesures, nous avons effectué
un certain nombre d'hybridations redondantes qui nous ont permis de vérifier
que les mesures surnuméraires correspondaient à celles prédites
par notre carte, sans aucun besoin de renormalisation ou d'adaptation des
mesures.
Nous avons étendu cette méthode de cartographie de cosmides
à l'ADN génomique humain peigné, à l'occasion
de l'étude de contigs de cosmides recouvrant une région du
chromosome 9 impliquée dans une des formes de la Sclérose
Tubéreuse (TSC1) [12]. Pour donner une idée
de la différence avec l'expérience précédente,
il suffit de rappeler la taille d'un génome diploïde humain
après peignage: environ 3 mètres, sur lesquels seuls quelques
centaines de micromètres représentent la région à
cartographier (soit 1/10 000 ème). Malgré cette différence
de "rendement" de l'ADN peigné, nous avons pu obtenir des mesures
statistiques d'intervalle ou de distance entre cosmides sur une seule surface
de 22x22 mm2 avec une précision de quelques kb, en augmentant
considérablement la densité d'ADN peigné [12].
La FISH sur ADN peigné apparaît de ce fait comme la seule
technique de cartographie physique permettant d'obtenir directement et
sans ambiguïté une carte physique haute résolution,
sans nécessité de faire appel à d'autres techniques.
Toutefois, si des distances de quelques kb à plusieurs centaines
de kb sont accessibles sans difficulté, les échelles de distance
supérieures nécessitent de faire appel à des techniques
moins précises mais plus adaptées, comme la FISH sur chromosomes
métaphasiques. La limite supérieure dépend en fait
non seulement des manipulations de l'ADN (réduites au minimum) préalablement
au peignage, puisque celles-ci peuvent conduire à des cassures importantes
des fibres, mais aussi à la distance physique (en micromètres)
des signaux. En effet, plus les signaux d'hybridations sont éloignés,
plus il est difficile de les associer sans ambiguité par paire,
et donc de mesurer leur distance.
L'extension de la technique à l'ADN génomique ouvre d'importantes
perspectives, puisqu'il permet en principe de se dispenser des clones de
grande taille comme les YACs ou les BACs pour réaliser la cartographie
physique de clones plus petits (cosmides, PACs, etc). Ces clones, qui sont
d'une grande utilité pour cartographier à grands traits une
région chromosomique, sont cependant sujets à des remaniements
qui peuvent parfois fausser les résultats obtenus. Grâce aux
développements que nous avons décrits, un ADN humain standard
peut désormais servir à l'étude de n'importe quelle
région du génome. Il n'est donc pas exclu que de nouvelles
stratégies de clonage positionnel performantes résultent
de cette extension des potentialités du peignage moléculaire.
Diagnostic génétique de micro-délétions
Le peignage moléculaire d'ADN génomique n'est pas intéressant
uniquement du point de vue de la cartographie physique. L'ADN génomique
de chaque individu diffère sensiblement de l'ADN d'un autre individu,
par des mutations ponctuelles, des répétitions de motifs,
mais parfois aussi, par des modifications plus importantes, de l'ordre
de quelques kilobases à plusieurs mégabases. Ce sont précisément
ces modifications génétiques de plusieurs kb (souvent pathologiques)
que le peignage moléculaire et les techniques décrites dans
le cadre de la cartographie physique, sont susceptibles de détecter
de manière extrêmement efficace et rapide.
En collaboration avec Rosemary Ekong et Sophie Rousseaux, du groupe
du Pr Sue Povey, du Medical Research Council de Londres, nous avons ainsi
appliqué notre technique à l'étude de micro-délétions
du gène TSC2 impliqué dans une des formes de la Sclérose
Tubéreuse [12,19]. Cette
première expérience visait à vérifier la possibilité
de réaliser un diagnostic génétique de délétions
connues.
La connaissance précise de la région 16p13.3 impliquée,
et la détermination par gel d'électrophorèse en champ
pulsé (PFGE) de la nature des délétions de plusieurs
patients nous a permis de sélectionner deux cosmides encadrant la
région concernée. Le principe du diagnostic est explicité
sur la figure 5, qui montre le résultat de l'hybridation de ces
deux cosmides sur l'ADN d'un individu sain et sur celui d'un patient atteint
de Sclérose Tubéreuse. Dans le cas de l'individu sain, la
distance mesurée entre tous les couples de sondes est unique et
vaut environ 150 kb. Pour l'échantillon d'ADN peigné provenant
du patient TSC2, deux types de mesures sont possibles: une partie des couples
de cosmides donne le résultat précédent (qui correspond
aux hybridations s'effectuant sur le chromosome 16 non délété),
mais une partie des mesures donne une valeur inférieure, de l'ordre
de 90 kb. Cette dernière valeur permet de déterminer la taille
précise de la délétion (environ 70 kb), qui en l'occurence
emporte une partie de la séquence correspondant à l'un des
cosmides utilisés.

Figure 5. Diagnostic de micro-délétions sur ADN génomique
peigné. La Sclérose Tubéreuse TSC2 a pour origine
une micro-délétion d'une partie du chromosome 16. Le principe
du diagnostic de ces délétions consiste à hybrider
simultanément deux cosmides encadrant la région critique.
Six exemples d'hybridations représentatives parmi les dizaines de
mesures effectuées sont présentées pour chaque patient
étudié. L'individu normal possède un locus intact
sur les deux chromosomes 16 et présente donc une seule figure d'hybridation
des deux cosmides distants d'environ 150 kb. Dans le cas du patient atteint
de TSC2, une partie des signaux d'hybridation donne une distance entre
sondes d'environ 150 kb qui correspond à l'allèle normal,
l'autre partie donnant une distance de 90 kb, qui correspond à l'allèle
délété. De surcroît, la taille du signal correspondant
à l'une des sondes est systématiquement inférieure
à sa taille normale (flèches vertes), indiquant qu'une partie
de la cible correspondante a également été délétée
dans le chromosome du patient.
Le diagnostic est donc obtenu de façon immédiate, une
seule surface d'hybridation étant suffisante pour accumuler les
quelques dizaines de mesures nécessaires à un diagnostic
précis, avec en sus une information sur l'hétérozygoticité
du patient pour ce locus.
L'ADN d'autres patients a été étudié de
cette façon, avec des délétions variant entre une
dizaine de kb et près de 150 kb, en accord avec les résultats
obtenus par PFGE. Cette distance de 150 kb ne constitue évidemment
pas un maximum, tout autre choix pour les cosmides entourant la région
cible ayant pu convenir. Toutefois, comme nous l'avons déjà
noté, les cassures aléatoires de l'ADN au cours des manipulations,
qui augmentent avec la taille de la région cible, jouent un rôle
dans la limitation de la taille maximale mesurable, de même qu'une
trop grande distance entre sondes peut rendre les mesures difficiles.
De façon similaire, la technique de peignage moléculaire
permet en principe d'étudier des micro-duplications ou des micro-insertions
au sein d'une région connue du génome.
Perspectives
Les applications que nous avons présentées n'épuisent
pas les potentialités du peignage moléculaire.
En ce qui concerne les applications utilisant l'hybridation fluorescente,
nous avons par exemple étudié, en collaboration avec le laboratoire
du Pr. Thomas Cremer de l'Institut de Génétique Humaine
et d'Anthropologie de Münich, la possibité d'étendre
les techniques d'hybridation comparative pour le dosage d'amplifications
de séquences au sein du génome [20].
Cette étude ne représente toutefois que l'une des approches
possibles utilisant le peignage moléculaire pour l'analyse des amplifications
de gènes, un phénomène qui intervient notammment dans
la carcinogénèse.
Différentes études sont également en cours sur
l'application de l'hybridation fluorescente sur ADN peigné à
la cartographie de très petites sondes, comme les ADNc: la très
nette distinction entre bruit de fond et signal, illustrée sur la
figure 3, permet en effet d'envisager la cartographie de sondes de quelques
kb ou moins (voir l'article de Monier et coll. dans ce numéro),
et de leur éventuelle utilisation pour le diagnostic. A l'autre
extrême du spectre, les très grandes distances sont une voie
de recherche prometteuse pour essayer de faire le lien entre la très
haute résolution de la FISH sur ADN peigné, et les distances
de quelques Mb et davantage habituellement estimées par hybridation
sur chromosomes métaphasiques.
Enfin, la possibilité d'utiliser directement l'ADN génomique
de n'importe quel organisme offre un outil important pour l'étude
comparative des espèces et de leur synténie, un domaine particulièrement
important à l'heure où beaucoup de recherches thérapeutiques
s'effectuent sur des modèles animaux.
Dans le domaine du diagnostic, un vaste champ complémentaire
à celui occupé par la PCR ou les techniques se focalisant
sur les modifications ponctuelles ou très petites du génome
(séquençage, puce ADN [4]) est ouvert.
Mais les caractéristiques du peignage moléculaire permettent
d'espérer que d'autres types de diagnostics pourront être
mis en place, qui tireront parti de sa reproductibilité, de sa précision
et de son caractère d'observation directe qui le garantit des ambiguïtés
de techniques indirectes. Ces caractéristiques, ajoutées
à la possibilité d'automatisation des étapes de préparation
et d'analyse font assurément du peignage moléculaire d'ADN
une technologie d'avenir.
Remerciements
Nous tenons à remercier Catherine Schurra pour son inappréciable
aide technique.
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